Femme de son temps

Grande bourgeoise conservatrice et ardente défenseure de l’Empire britannique, Elsie Reford s’investit dans plusieurs débats de son époque. Sans jamais affirmer d’opinions féministes, elle fait preuve d’un engagement philanthropique et politique témoignant d’une sensibilité à l’égard du rôle limité que pouvaient jouer les femmes dans la société.

Women’s Canadian Club

À la source de tout engagement social se trouve la nécessité de comprendre les enjeux. Préoccupée du peu d’occasions offertes aux femmes de s’informer des débats politiques, économiques ou sociaux de son temps, Elsie veut remédier à la situation en créant le Women’s Canadian Club (WCC). Officiellement fondé par Julia Drummond et Elsie Reford, le WCC de Montréal se donne comme mandat de travailler à l’unité canadienne et d’informer les femmes. C’est le gouverneur général lord Grey qui, à la demande d’Elsie, prononce la première conférence du WCC en décembre 1907. Se succéderont à cette tribune des politiciens et des premiers ministres comme Wilfrid Laurier et Arthur Meighen (le cousin d’Elsie); des impérialistes comme lord Milner; des écrivains comme Stephen Leacock ou des philanthropes comme lady Reading. Le WCC, qui existe encore aujourd’hui, a fêté ses 100 ans en 2007.

Le Journal de Françoise

L’engagement d’Elsie prend plusieurs formes. Elle fait entre autres des discours, du bénévolat et du lobbying. À quelques reprises, elle prend la plume. En 1902, elle signe un article dans Le Journal de Françoise, une des premières revues féminines francophones du Québec après Au Coin du feu, publiée par Joséphine Marchand-Dandurand de 1893 à 1896. Fondée par Robertine Barry (dite Françoise), cette revue commente l’actualité et fait place à la littérature. Par exemple, on y prend position en faveur du travail des femmes. Cette collaboration d’Elsie à une revue francophone s’inscrit dans sa volonté d’œuvrer à l’unité canadienne dans l’Empire britannique. À la demande pressante de lord Grey, Elsie tente par ailleurs des rapprochements avec plusieurs représentants de la communauté canadienne-française. Elle est même allée jusqu’à inviter Henri Bourassa à sa table, avec lord Milner, afin de le convaincre des mérites du mouvement fédératif de l’Empire britannique – en vain, faut-il le préciser!